samedi 6 septembre 2008

THE NEW YORK DOLLS


Plutôt que d’aborder un groupe punk parmis tant d’autres, je me suis plutôt laissé aller à saluer un groupe annonciateur de ce mouvement rebelle et plein d’énergie. J’ai longtemps hésité entre les Stooges, le MC5, Lou Reed (en solo ou avec le Velvet) et en définitive, j’ai opté pour un groupe déjanté, avec une carrière éclair, cramée, consumée par les excès en tout genre, bref un groupe au tempérament résolument punk !

Les New York Dolls se sont formés en 1971, le premier line-up se compose du chanteur David Jonhansen, véritable fusion entre Mick Jagger et Steven Tyler, du bassiste Arthur « Killer » Kane, du batteur Billy Murcia et des deux guitaristes Rick Rivets, vite remplacé par Syl Sylvain, et Johnny Thunders futur Johnny Thunders & the Heartbreakers.
Ils évoluent quelques temps à New York, sans réels succès, puis, se lancent à l’assaut de la Grande Bretagne. Sans un album, ni même un single, ils décrochent la première partie de Rod Steward et des Faces. En pleine vague « Glam », l’engouement des teenagers est immédiat. Mais l’overdose mortelle du batteur vient écourter inopinément le séjour. Retour à New York et Jerry Nolan prend place derrière les fûts. Bizarrement, l’intérêt pour le groupe va y gagner mais ils n’ont toujours pas de label. Un concert au « New York Mercer arts Center » les impose comme la révélation de l’année. En 1973, ils signent chez Mercury et sont pris en charge par Todd Rundgren, rien que ça ! Cette même année, ils sont élus à la fois le meilleur et pire groupe par les lecteurs de Creem Magasine.

En effet, ils véhiculent une image de « sales pédés junkies », de superstars décadentes, dégénérées et toxicos, mais il faut bien l’avouer, les New York Dolls fascinent...La moindre prise son en studio se transforme vite en grosse party ou se mêlent dealers et groupies hystériques, ...

Et pourtant, c’est à ce moment que les Dolls vont pondre l’album qui deviendra un classique. Le génie de Rundgren n’y est pas innocent, lui qui encourage les musiciens à « oublier les paillettes qu’ils ont dans le cul pour s’exciter sur leurs instruments ». Cet album éponyme nous propose un blues cogneur et survitaminé agrémentés de riffs rockab’ au son cradingue et sulfureux. Les thèmes de la drogue, de la sexualité, du Vietnam y sont exposés. On a rien vu de si agressif et coriace depuis le MC5...

Le second opus ne rencontre pas le succès escompté. La surconsommation de drogues et d’alcool noient leur musique et en découlera un son bluesy-dépressif. Produit alors par Malcom McLaren, leur image est repensée et recréée. Relooking total style bondage made in Vivienne Westwood, pseudo orientation politique de gauche, nous n’avons plus à faire au manège froufrou et cocaïne mais plutôt aux communistes sado-masos. Et là, c’est le gros plantage. En plus de ça le groupe est laminé par tout ses excès et se sépare lors d’une tournée catastrophique en Floride. Nous sommes en 1975.


Malgré cela, les New York Dolls véhiculeront une influence directe sur la scène rock musical anglaise et américaine des années à venir.
Ils inaugureront l’autoroute punk construite par les Stooges et Cie.

INTERPOL/BLONDE REDHEAD - Le géant au pied d’argile... ou chronique d'un rendez-vous manqué !


Je ferme les portes de la voiture. Il caille mais c’est le pied, je suis à 150m à peine de Forest National. Il est tôt, environs 18h mais ma copine se sentant pousser ses premières ailes de groupie rock a exigé d’être aux premières lignes pour voir le concert. Bien qu’elle n’aime pas trop Interpol, elle a insisté pour venir, avant tout, voir Blonde Redhead. Et il se trouve que c’était moi aussi ma priorité, bien que j’ai toujours apprécié les moments d’écoute des divers albums du groupe en costard. C’était donc double joie pour moi de me rendre à Bruxelles ce soir là !

Bref ! Il est 18h45, c’est le moment de foncer à l’assaut de l’entrée où se tassent des centaines de fanatiques hystériques, à la coupe à frange, le string au cul alors qu’elle n’ont pas encore l’âge d’acheter légalement le dernier fanzine spécial Bob l’éponge. C’est ça le privilège des grands groupes en devenir... C’est du moins ce que je pensais. Interpol qui, selon moi, grimpe peu à peu vers la statut de dinosaure du rock n’a pas sa flopée de pisseuses en manque de sensations fortes «paske wé t’voi, Interpol sa décoiff tro samèr de ché chan-mé, t’voi !».
Soit, si elles sont pas ici, les portes étant déjà ouvertes, elles doivent se tasser devant les barrières de sécurité, fatiguant les gardes qui ne savent déjà pas faire obéir ni leur pitbull, ni leur femme à la maison ! Et j’imagine déjà le massacre, en plus de me faire engueuler par ma copine parce qu’on est arrivé trop tard et qu’on avait pas besoin de boire cette « putain de bière » en route...

Et la miracle ! Que dalle, peut être 50 voire 75 personnes devant la scène, ce qui nous place, dans une logique linéaire, en se faufilant un peu, juste au 2e rang ! Fantastique ! Et pas de débordement d’ados pré-pubères... Interpol est peut être un groupe sérieux finalement. Je vais juger de ça dans un moment.
J’attend impatiemment la première partie, en expliquant à des amis rencontrés par hasard, que Blonde Redhead, c’est excellent, que c’est de l’electro-pop aigre douce , atmosphérique, coulée dans de l’ouate et que « 23 », le dernier opus, m’a absolument bluffé, etc. Bref, je fais juste passer le temps en étalant, comme de la confiture, mon modeste savoir sur ce combo new-yorkais.

C’est alors que, n’ayant plus d’arguments élogieux, le trio débarque sur scène. La magie opère directement, pas besoin de pré-chauffage, le son tourbillonne autours des 3 musicos, formant une espèce d’aura avant de venir nous toucher les yeux et les oreilles.
Première chose qui frappe, hormis la lingerie fine facilement visible de Kazu Makino, la chanteuse aux jolies jambes, c’est l’osmose entre les protagonistes, qui semblent envoûtés et qui sont dès lors capables d’élever leur musique à un niveau spirituel. Il y a une véritable harmonie entre Kazu et Amadeo Pace, le guitariste-chanteur-bidouilleur.
Ensuite, je me dois de souligner le jeu de batterie de Simone, le frère de l’autre, extrêmement vivace et diversifié, haut en couleurs et en tonalités diverses, un jeu très jazzy qui crée une assise suave à la sculpture sonore du groupe. Sculpture, justement, qui grimpe très haut, qui sort la mélancolie de sa torpeur et lui fait miroiter la stratosphère. Blonde Redhead, c’est la musique de spleen sans tomber dans le cliché mélo-dramatique du groupe dépressif. Ca brille de toute part, ça clignote, ça irradie et ça se propage comme la bonne nouvelle des apôtres après la résurrection du Jésus Christ notre Seigneur. Gloire à Dieu mes frères ! Bénissons le Ciel d’avoir permis à ce groupe d’exister, sans quoi j’aurais passé le concert le plus chiant de mon existence.

En effet, car juste après, comme vous le savez, sévit le futur géant, Interpol. J’ai commencé à fréquenter leur musique il n’y a pas tellement longtemps. Au départ, on me les avait présentés comme les descendants spirituels de Joy Division. J’ai écouté, je n’ai vu strictement aucuns rapports et j’ai abandonné. Par la suite, j’ai du réécouter malgré moi, lors de la promo de la sortie d’ « Our Love To Admire ». Et puis, ça a collé petit à petit... Mélodies tranchantes et précise, sans bavures, chansons monolithiques,... bref, je me suis ravisé en remarquant que j’avais à faire à des albums studios assez bien foutu qui dégageait quelque chose d’agréable pour mes petites oreilles. J’avais hâte de voir ça, tourné à la sauce live.
Or, après cette soirée, je peux affirmer que la sauce live n’ayant jamais du prendre, ils ont dû se contenter de jouer chaque soir leur compositions à la sauce studio. En fait, j’ai du assister au premier concert où on a décidé de foutre un cd dans un grosse sono et d’agiter, sur scène, des marionnettes comme on le faisait avec Nicolas et Pimprenelle dans « Bonne Nuit Les Petits ». Effarant ! Je me suis rappelé m’être demandé si c’était vraiment ça le nouveau groupe tendance dont tout le monde parle.
Et en plus de faire de la figuration musicalement, ces branleurs passent le concert chacun dans leur coin, chacun dans son trip, sans aucune réelle cohésion avec les autres membres du groupes. Le chanteur, s’imaginant déjà superstars, paraît blasé de communiquer avec le public. Le bassiste joue au dandy halluciné, espérant se faire remarquer par son originalité scénique. Réveille toi mon vieux, c’est pas parce qu’on fait l’avion avec son instrument qu’on est doué, tu te trompes de registre ! Le claviériste dont on ne peut pas vraiment dire si il est autiste ou bien si c’est un schizophrène qui se prend pour Le Parrain. Le guitariste hyperactif, adepte de la masturbation sonore, toujours a jouer la même note sur sa gratte et semblant en tirer un plaisir indicible et enfin, le batteur qui tape comme dans l’orchestre de Billy, qui sévit tout les dimanches au bistrot local, jusqu’à l’heure de l’apéro. Ouais, parce qu’après l’apéro, l’orchestre de Billy, il devient meilleur...
Triste, fichtrement triste !

Au final, je n’arrivais pas à concevoir que c’était possible de saboter en live l’album enregistré en studio, alors qu’en général, les groupes cherchent à faire l’inverse ! A moins que ce soit une technique de marketing qui vise à pousser les gens à télécharger plus et à se rendre moins aux concerts.
En fin de compte, je remarque que l’incohérence prend de plus en plus le dessus, un peu partout et on se demande après, pourquoi on vit dans un monde de barges où on vous fait payer 10 euros la tournée pour une bière et un pisang-orange et où un groupe de rock se permet de faire du mime en live. Bordel, j’en reviens toujours pas ! Je sais je m'égare mais c'est ma mauvaise foi qui parle!
Finalement, pour le rendez-vous avec le bon-goût et les sensations, ce vendredi 23 novembre, Blonde Redhead était en avance et est parti trop tôt, quant à Interpol, il nous a posé un lapin!

BURIAL - Untrue


Il est 16h20, il me reste même pas une heure pour terminer cette saloperie d’article alors que j’ai toujours pas d’idées. Quand soudain, dans le bordel de mon antre, parmis les centaines d’albums de ma bibliothèque iTunes, une pochette vaguement connue fait surface. C’est un de ces albums présentés parmis les 50 meilleurs de l’année à peine écoulée, chapitre 13 de l’Evangile selon Saint Rockuptibles 2007. J’y ai peut être jeté une oreille plus ou moins distraitement attentive en me disant qu’il faudrait que j’approfondisse ça et je l’ai ajouté à la file des cent mille et un albums à approfondir...
Je lance le son sur ma superbe hi-fi vintage. Mais on s’en fout, c’est quand même du mp3, on entendra pas la différence mais il faut que j’écoute. Un ordre divin me l’ordonne. J’obtempère...
Et les dieux se sont pas plantés, Burial, si il était mort, aurait le droit de siéger au sommet de l’Olympe... Mais tant mieux pour tout le monde, Burial est bien vivant, ce qui nous laisse l’espoir de côtoyer à l’avenir se douce musique âcre.
Untrue est le second opus du producteur londonien, juste après un album éponyme sorti en 2006. Dub-step, UK garage spectral, trip-hop, j’ai lu des tas de conneries qui qualifiait le son de Burial. Foutaises et re-foutaises. La musique de Burial est organique et résolument soul, elle transpire la mélancolie sépia-granuleuse, les réveils douloureux et sombre après une soirée alcoolique et/ou chimique, un vague souvenir de rave sous la pluie, un halètement rythmé par le smog londonien ! Untrue est un album qui doit être vécu plutôt qu’écouté. Elle regorge, et l’analogie n’est pas de moi, d’un tas de petites madeleines proustienne qui offre une atmosphère d’écoute différent pour chacun et selon chaque moment.
Pour cette article, pas de conclusion, juste un conseil. Procurez-vous cet album et accrochez vous au risque de ne plus pouvoir vous en extraire. (Beh ouais, me reste 10 minutes avant l’heure fatidique, je peux pas faire mieux !)

GIMME SHELTER - Documentaire d'une utopie brisée



Longtemps, je me suis levé de bonne heure... et dans mon incrédulité grossière, j'ai cru que le rêve hippie s'était éteint en l'an 1970, avec les fins tragiques et prématurées de Jimmy Hendrix et Janis Joplin, soutenues par celle de Jim Morrison quelques mois plus tard. Ces décès sont en fait la confirmation de l'hypothèse que tout cela à commencé bien plus tôt, de façon insidieuse, par le déclin mental de quelques génies de l'époque, Syd Barett, Brian Wilson, Roky Eriksson,... Dans la folie du moment, tout cela passait inaperçu et semblait même plutôt commun. En réalité, le mouvement hippie a toujours porté en lui le germe de son apocalypse. Notamment, en s'autoproclamant "paix et amour". C'est cette même désignation pompeuse qui avait exclu les Rolling Stones du grandiose festival de Woodstock, jugeant leur musique trop violente et pas en phase avec le concept des "3 days of peace and music". Mick Jagger voit rouge et, touché dans son honneur de superstar mégalo, décide cette même année de clôturer la gigantesque tournée américaine par un immense concert-festival gratuit. Le "woodstock" des Rolling Stones... Altamont! L'idée est plaisante, arrogante, insolente et provient d'une motivation plus que douteuse. Le destin fera payer cette impertinence.

Le 3 juillet 1969, Brian Jones est retrouvé mort dans sa piscine. Loin d'être déforcés, les Stones qui avaient, semble-t-il, préparé le coup, l'avaient viré depuis quelques temps déjà. Le concert prévu deux jours plus tard, à Hyde Park, programmé à la base pour présenter le nouveau guitariste, Mick Taylor, se transforme vite en concert-hommage, d'une opportunité déplacée. Ensuite, la tournée américaine. Majestueuse, fantastique, grandiloquente, extravagante,... avec comme témoignage un album live, le très très bon "Get Yer Ya-Ya's Out!", ainsi qu' un film, "Gimme Shelter". La réalisation est confiée à Charlotte Zwerin et Albert Maysles. Les membres du groupe sont loin d'imaginer qu'ils sont sur le point de fournir à qui voudra le croire l'acte de décès du "flower power".

Le 6 décembre, plus de 300 000 personnes se rendent sur le circuit automobile d'Altamont en Californie. La programmation est alléchante, Santana, Jefferson Airplaine (et la sublime Grace Slick!!), The Flying Burrito Bros ainsi que Crosby, Stills, Nash and Young sont de la partie, avec en tête d'affiche, immanquablement, les Stones! Pour 500 dollars et la bière à volonté, la sécurité est confiée aux Hell's Angels de San Fransico. Mais ces gaillards là ne débarquent point de la maison bleue, adossée à la colline. Les motards 'ricains, repris de justice et autres perforés du cerveau, ne sont pas de la même trempe que les anglais qui sont de véritables enfants de chœur. Dès le début, on ne sait trop comment, ni pourquoi, la tension est plus que palpable. Des bagarres éclatent çà et là. Les Angels n'y vont pas de main morte pour régler les conflits. "Oeil pour oeil, dents pour dents" exposant deux! Les bastons sont calmées à coup de cannes et de queues de billard, tout un programme... Marty Balin, guitariste de l'Airplaine s'en prend plein la bouche pour avoir osé prendre la défense d'un spectateur assailli par les bikers. Le foutoir fait peu à peu son apparition, des bécanes et des enceintes de retour en plein milieu de la foule, le service d'ordre qui se ballade sur scène,... La défonce est bien entendu de la partie, mais pas avec le même esprit d'ouverture et loin de tout ces concepts sacro-saint hippies. A chaque instant, l'atmosphère fumante des lieux s'alourdit. La violence atteint son paroxysme pendant le set stonien. Le groupe perd le contrôle du public, essaye de calmer les foules, en vain! Les grimaces de Jagger se transforment en regards ahuris et paraissent tout à coup ridicules, les riffs cinglants de Richards s'ouvrent comme une coquille de noix périmée. "Under My Thumb" sonnera le glas pour un jeune inconscient qui a eu la mauvaise idée de sortir son arme dans la foule. Le gars en question, Meredith Hunter, âgé de 18 ans, reçoit plusieurs coup de couteaux par un des membres du service d'ordre qui attendait la première opportunité de sortir sa lame. Délibéré ou pas, justifié ou pas, un homicide est commis devant les caméras, devant la foule, devant le groupe, devant une Amérique qui interdira par la suite les festivals de rock. Et comme si ce n'était pas suffisant, 3 autres victimes d'accidents dus à une consommation de mauvais LSD, sont à déplorer! La fuite s'impose pour les starlettes qui sautent dans un hélicoptère, laissant plus bas une foule effrayée, choquée, perplexe et défoncée à l'heure du grand jugement psychédélique. Du sang a souillé les fleurs, rien ne sera plus jamais pareil!

Le mot de la fin est à laisser à Mick Jagger, prononçant ceci lors du visionnage des bandes du meurtre: "It's so horible!" ... Ouais, ne te sens pas obligé d'avoir l'air aussi concerné par la situation mon vieux! Après tout, Charles Manson à fait bien pire... Le "summer of love" n'est plus ! Les Stones l’ont tué! Dans l’immensité du chaos d’Altamont, un rêve se brise, une génération se perd dans l'insécurité et se détruit. L’acide à tout cramé, les neurones, les repères et les idéaux nés quelques années auparavant, dans la frénésie de Monterrey. Ce soir là, ce sont les enfants de Ken Kesey qui sont morts en même temps que Meredith Hunter.

CAN - Tago Mago



Je vous propose aujourd’hui de déterrer une pépite, de brouiller les frontières entre sons et musique, de parcourir les méandres de nos oreilles internes jusqu’à la lisière de notre cerveau, de notre inconscient.
Je vous propose de vous engourdir dans un univers musical à la fois détonnant et anesthésiant.
Je vous propose de découvrir Tago Mago de Can.

Can est un groupe de « Krautrock », terme légèrement péjoratif, rassemblant les groupes qui proposent un rock éléctro- progressif, comme Amon Düül II, Neu !, Faust, Tangerine Dream pour n’en citer que quelques uns... J’aime pas les étiquettes, c’est juste pour situer!

Tago Mago est le 3e opus du groupe, le second avec le chanteur Damo Suzuki, véritable armée de sorciers samouraïs derrière son micro.
Après une année de répétition et quatre mois d’enregistrement, cet album sort en 1971. Double volume, on peut le qualifier de rock electro-bruitiste, mais je pense qu’il serait de bon aloi de ne pas le qualifier du tout ! Ou peut être de tachycardie hypnotique, ça veut rien dire, mais ça donne le ton et ça sonne bien...
Malgré un parfum 70’s très présent via les guitares psychédéliques, Tago Mago est un incroyable mélange entre improvisations et lignes de conduites préalablement convenues et se trouve être un album phare déifié par des gens comme Carl Craig, Sean Lennon, Peter Gabriel, ... et extrêmement novateur pour l’époque. Figures de styles de construction / dégradation de mélodies, rythmique capable de faire entrer en transe n’importe quel cadavre indolent, guitares saturées, orgues ésotériques, forment un magma bouillonnant et frénétique. Il en ressort un de ces disques extrêmes de cette période bénie de 1968 – 1971.

« Paperhouse » s’ouvre sur des guitares et une voix issue droit d’une vois lactée éloignée... ou en nous ! Le son coule comme une rivière acide. L’invitation à la messe psychédélique à commencé, les percussions s’emballent, annoncent la transe, la balade mélancolique et le combat lysergique. Suzuki clame, déclame, « sushurle » des paroles magiques aux vertus qui échappent à tout un chacun. La frappe est sèche et sans concessions, elle nous fait parcourir, dans un galop effréné, les grottes moirées où coulent les magmas de guitares bariolées.

« Mushroom Head » est une incantation au sens propre du terme, une ode à l’hallucination. One-eyed soul, mushroom head, one-eyed soul, mushroom head, I was born and I was dead.
La construction beaucoup plus minimaliste du morceau nous fait penser ici à un compte a rebours... Invocation finale, dernière prière, inspiration mystique, tempo religieux, dernière mise à l’épreuve ,dans un repli sur soi, avant le triptyque central, l’épine dorsale de l’album, les 3 plages de 18, 17 et 11 minutes qui vont suivre...

« Oh Yeah » commence dans un fracas d’ éléments qui se déchaînent... Le sons d’un orgue discret vient s’insinuer dans ce bourbier. La voix passée à l’envers renforce l’ambiance surréaliste, chamanique. Le batteur, véritable métronome humain, ne lâche pas la cadence et nous gratifie ici d’une véritable frappe hypnotique. Un petit solo de guitare « bluesy » vient s’intercaler à merveille et offre un peu d’envolée à cette atmosphère accablante.

« Halleluhwah » sonne dès l’intro d’un ton très funk, cadencé, balancé. Une petite mélodie candide se dessine...
Mais une guitare sinueuse suivie une frappe impitoyable nous rappelle à l’ordre. Le batteur prend la suite des opérations et commence son travail de boîte à rythme vivante. Un régal... La guitare tempère les ardeurs du cogneur. Elle nous balade dans un son sournois et contaminé.
Ensuite une coupure, une légère apparition, surprenante, de piano free-jazz, et la frappe diabolique reprend, comme seul fil rouge de la longue plage, ornée d’un violon en plein bad trip et d’une guitare stonée. Nous entrons en communion avec un véritable microcosme musical, nous prenons conscience d’une dimension sonore inexplorée jusque là.
Un petit solo aux allures claptoniennes période Cream nous ramène sur terre, pour l’instant...
Mais c’est sans compter sur des claviers spatiaux, qui réamplifient l’espace, et nous baladent aux portes d’une faille dans l’espace-temps. La cadence s’accélère, on frôle l’hyper-espace et on redescend tout aussi sec. Les guitares, les voix s’épuisent, s’amenuisent, se calment... et disparaissent.

« Aumgn », ou le voyage à travers les nappes phréatiques, guitare liquide, ambiance insondable tout en horizontalité, agrémentée d’une bruine palpable. Un violon agressif accrois la tension, la dramatisation. Can nous livre ici un vaste échantillonnage de sonorités au timbre angoissant. On s’imaginerait vite être le personnage principal d’un roman de Castaneda, ou peut être un égyptien lorsque s’abattent sur son pays les fameuses Plaies.
Frictions électriques croissantes, fusion entre réel et hallucinations, les éléments sensibles se mélangent, la synesthésie n’est plus que la seule figure de style reconnue et acceptée par le cerveau. La musique devient idéalisation d’une réalité déjà conceptualisée, elle renvoie à l’essence même des choses, des évènements, des manifestations, ...
On vogue sans connaître ni la destination, ni même le point de départ jusqu’à ce que un martèlement incessant, une frappe effrénée, une pulsation brutale et atrocement régulière nous sorte de cette abyme idéelle comme le ferait une séance d’électrochocs. (Demandez a Lou Reed, il sait ce que c’est !)

« Peking O » s’éveille comme un dimanche matin triste et morose, avec une mélancolie alcoolique qui refait surface. Une amère gueule de bois lorsque le crâne sonne creux et acerbe.
Puis, un tour de passe-passe, une ellipse temporelle, le son est mielleux aux échos asiatiques. On se retrouve alors maintenant en pleine crise de manque dans une fumerie d’opium. Stress, pulsions cardiaques accélérées, douleur lancinante, délires agressifs, tensions musculaires, ... auditives.
Un piano hérétique de free jazz tourmenté appuie une divagation aux accents éléctro débridés.
Paranoïa, élocution incohérente, environnement hostile... injection de vinaigre dans le sang pour terminer le titre en douleur.

« Bring Me Coffee Or Tea » est une balade incantatoire qui marque la fin d’un cérémonial, quand tout est apaisé, quand les démons ont cessés d’hanter les lieux. Déchaînement apaisant, douleur réconfortante, mélancolie dure et épaisse.
L’album se clôture sur une cadence aliénée qui nous fait douter... et si, finalement, tout ne faisait que commencer...

En conclusion, et pour ceux qui n’ont pas tout lu, je résumerai cet album de douloureuse jouissance, c’est une langue qui vient délicatement s’étendre sur un cactus vénéneux, c’est une éjaculation de lame de rasoir, c’est le chant que fait ta peau après t’être plongé la main dans l’huile bouillante.